mardi 3 juin 2025

Les Schtroumpfs de Hanna-Barbera : une série animée pas si schtroumpfement naïve


Les Schtroumpfs sont de petits lutins bleus, facétieux et toujours heureux. Ils sont hauts comme trois pommes et parlent un langage difficilement compréhensible pour les humains car ils emploient le mot "Schtroumpf" et le verbe "Schtroumpfer" à tout bout de champs. Le village Schtroumpf est impossible à trouver car il est protégé par un sortilège spécial. Seul un Schtroumpf peut amener un étranger au village. Leur vie paisible n'est troublée que par l'existence de l'ignoble Gargamel et de son affreux chat, Azraël, qui ont voué leur existence à l'extermination complète des Schtroumpfs... Heureusement, Gargamel est encore plus bête que méchant et ses tentatives de nuire à nos petits amis bleus se soldent toujours par des échecs !

Résumé presse : Télétoon

Il y a des adaptations qu’on aime en secret comme on garde une peluche d’enfance. Et puis il y en a qu’on assume franchement. Pour moi, le dessin animé des Schtroumpfs produit par Hanna-Barbera dans les années 80 appartient à cette deuxième catégorie.

J’ai grandi avec, comme beaucoup. Mais même avec un regard d’adulte, je continue de penser que cette série est une réussite — et ce n’est pas si courant quand on parle d’adaptation de BD en dessin animé. Entre fidélité à l’univers original, créativité américaine et souci de rendre chaque épisode accessible à un jeune public international, cette série schtroumpfe large… et souvent juste.

Diffusée pour la première fois en 1981 sur NBC, la série a connu un succès phénoménal. 42 % d’audience pour un programme jeunesse, c’est du jamais-vu. En France, elle débarque un peu plus tard, en 1983, avec ses voix françaises et ses génériques cultes (ah, Dorothée...). Il faut dire que Hanna-Barbera, ce n’étaient pas les derniers venus : on leur doit Scooby-Dooles Pierrafeules Fous du Volant... Pas étonnant que les petits lutins bleus trouvent chez eux un écho favorable.

Au départ, plusieurs épisodes reprennent directement les histoires de la BD de Peyo : Le CosmoschtroumpfLe SchtroumpfissimeLe CracoucassLa Soupe aux Schtroumpfs… Des classiques. Puis, au fil des saisons, la série prend ses libertés, mais sans trahir l’univers. Les épisodes inédits restent globalement fidèles au ton de la BD : bienveillant, naïf sans être niais, parfois même subtil.

Un détail amusant : dans la BD, les Schtroumpfs sont tous identiques — même taille, même bonnet, même pantalon. Seuls quelques détails les différencient (les lunettes du Schtroumpf à Lunettes, la barbe du Grand Schtroumpf…). Ça suffisait sur papier. Mais à l’écran, les Américains paniquent un peu : comment un enfant va-t-il les reconnaître s’ils sont tous pareils ? Du coup, ils multiplient les détails visuels : une fleur sur le bonnet, un tablier de cuisine, un crayon derrière l’oreille…

Et puis, soyons honnêtes : il y avait aussi un objectif marketing. Car oui, les Schtroumpfs, en dessin animé, deviennent aussi des “personnages-jouets”. Les produits dérivés explosent : cartables, peluches, brosses à dents. Et pour vendre plus, il faut créer plus de personnages. D’où l’apparition du Bébé Schtroumpf, des P’tits Schtroumpfs, de Sassette, du Schtroumpf Sauvage, du Vieux-Vieux Schtroumpf et même de Puppy, leur chien. Certains finiront même par intégrer la BD, preuve que l’influence allait dans les deux sens.

La série réussit un tour de force : elle évolue sans renier ses racines. Les huit premières saisons explorent à fond la dynamique du village, les attaques de Gargamel, les inventions du Schtroumpf Bricoleur, les gaffes du Schtroumpf Maladroit… Et quand la formule commence à s’essouffler, les producteurs tentent un virage audacieux : la saison 9 envoie les Schtroumpfs voyager à travers le temps grâce aux cristaux magiques du Vieux-Vieux Schtroumpf. Personnellement, j’aimais bien cette saison. Elle apportait un vrai souffle de nouveauté, même si elle a signé la fin de la série. Les Schtroumpfs sont restés coincés dans le temps, sans jamais revenir au village…

Ce que peu de gens savent, c’est que cette série animée a profondément influencé la BD. Certains personnages ont été inventés pour le dessin animé, puis adoptés ensuite dans les albums. Et même visuellement, les Schtroumpfs ont évolué : là où ils étaient anonymes, ils sont devenus reconnaissables. Un petit changement cosmétique, certes, mais révélateur : la série animée a obligé Peyo à préciser ce qui ne l’était pas, à affiner son propre univers.

Et puis il faut aussi parler de l’implication de Peyo lui-même. Contrairement à d'autres auteurs qui laissent leur création leur échapper, il surveillait chaque scénario, corrigeait, validait. Ce travail l’a épuisé, mais il ne voulait pas que son œuvre soit dénaturée. Et globalement, il a réussi à préserver l’esprit Schtroumpf. La série est restée drôle, douce, joyeuse, toujours dans cet entre-deux utopique d’une société sans argent, sans pouvoir, sans violence.

En France, on a eu droit à plusieurs versions de génériques, même si la plupart des téléspectateurs se souviennent surtout de celui de la première saison. Perso, j’ai un petit faible pour Il y a longtemps loin d’ici et Schtroumpf La La, plus doux et rêveurs. D’autres, comme Rien ne pourra nous empêcher ou Viens au pays des Schtroumpfs, me plaisent moins, mais ils font partie du folklore.

Et puis récemment, j’ai craqué : je me suis offert l’intégrale de la série en DVD. Plus de 400 épisodes, avec aussi Johan et Pirlouit. C’est un vrai plaisir de redécouvrir tout ça avec un œil plus adulte, de voir comment chaque épisode trouve son rythme, ses codes, ses redites parfois… mais aussi ses éclairs de grâce.

La série des Schtroumpfs par Hanna-Barbera, c’est bien plus qu’un dessin animé “pour enfants”. C’est une adaptation intelligente, respectueuse et inventive, qui a su populariser un univers sans le trahir. Certes, tout n’est pas parfait. Il y a du marketing derrière, des redites, des épisodes oubliables. Mais dans l’ensemble, elle a su capturer ce qui faisait la magie de la BD : un monde doux, rêveur, sans cynisme, où la gentillesse n’est pas un défaut.

Et franchement, dans le monde d’aujourd’hui, ça fait du bien de retrouver un peu de bleu, un peu de naïveté, un peu de Schtroumpf.

lundi 21 avril 2025

Pourquoi je n’achète pas de produits dérivés (même si j’adore la BD)

Il y a peu, je suis tombé sur une vidéo qui m’a vraiment parlé. Elle s’intitule “N’achetez pas de bonbons SCHTROUMPFS!” (disponible ici) et elle pose une question que je me suis souvent posée sans trop oser la formuler clairement : est-ce qu’acheter des produits dérivés, c’est encore aimer une œuvre, ou est-ce qu’on finit par trahir ce qu’elle est vraiment ?

Je vais être franc : plus le temps passe, plus je pense que c’est une forme de trahison, ou en tout cas un éloignement profond de ce que la bande dessinée essaie de nous dire. Acheter un mug avec un personnage qu’on aime, un t-shirt “collector”, une figurine stylisée, c’est séduisant, oui. Mais est-ce qu’on ne perd pas quelque chose en route ? Est-ce que ça ne vide pas l’univers de sa substance ?

Prenons un exemple simple : Astérix. Les Playmobil Astérix, vous les avez vus ? Ils n’ont pas de nez, comme tous les Playmobil. Sérieusement. Alors que le nez, dans la BD de Goscinny et Uderzo, c’est presque un personnage à part entière. Tout est caricature, exagération, traits expressifs. Le nez des Gaulois, c’est du patrimoine graphique ! Et là, boum : Playmobilise-moi tout ça et on perd ce trait identitaire.

Même chose pour Calvin et Hobbes. Bill Watterson s’est toujours opposé aux produits dérivés. Il aurait pu devenir millionnaire cent fois, mais il a dit non. Pourquoi ? Parce que faire une peluche de Hobbes, c’est tuer l’ambiguïté magique de la BD. Hobbes, c’est une peluche… ou pas. C’est toute la beauté de l’œuvre : ce doute permanent qui fait rêver le lecteur. Si tu balances une peluche sur une étagère, tu viens d’ancrer une vérité qui n’a rien à faire là.

La BD, c’est un art de l’ellipse, de l’imaginaire, du cadre. Transposer ses personnages dans le réel, les figer dans du plastique ou du textile, c’est leur enlever leur liberté. Leur part de mystère.

Et puis il y a un autre aspect, abordé dans la vidéo que je mentionnais plus haut : les auteurs ne touchent presque rien sur les produits dérivés. Ce sont les éditeurs, les ayants-droit, les grosses boîtes qui récupèrent les miettes d’or, pendant que les créateurs — ceux qui ont passé des mois à construire un univers cohérent, drôle, touchant — doivent se contenter d’un pourcentage ridicule, voire de rien du tout. On soutient qui, en achetant un t-shirt Spirou ? Pas Franquin, c’est sûr.

C’est comme le dernier film Astérix, L’empire du milieu. Ça n’a pas fonctionné, et à mon avis, c’est aussi parce que cet univers n’est pas fait pour le cinéma, mais pour la BD. Il y a des œuvres qui ont besoin de rester dans leur médium d’origine pour garder leur force, leur rythme, leur style. Et pourtant, beaucoup de gens continuent d’acheter et de collectionner les objets d’un univers sans avoir jamais ouvert un album ou sans s’y intéresser vraiment. Juste pour “personnaliser” leur étagère.

Je sais que certains trouvent dans les produits dérivés une forme d’attachement. Et je ne juge pas. Mais je trouve triste qu’on en soit arrivé à considérer des emballages de galettes des rois, des paquets de bonbons ou même du dentifrice avec des héros de BD comme des “objets de collection”. Sérieusement ? Ce sont des déchets, à peine du marketing. Le seul vrai objet de collection, c’est l’album lui-même. L’œuvre. Le dessin. Le scénario. Le silence entre deux cases. Et ça, une grande partie des gens semble l’avoir oublié.

Acheter des produits dérivés d’une BD, c’est à mes yeux renier cette dernière dans son cœur.

Je crois que si on aime vraiment une œuvre, on n’a pas besoin de la transformer en objet. On la lit, on la relit, on en parle, on la prête. C’est là qu’elle vit. Dans l’imaginaire, pas sur une étagère. Et surtout pas dans un objet commercialisé qui en trahit l’essence.

Alors non, je n’achète pas de produits dérivés. Ce n’est pas par snobisme ou par posture. C’est par respect. Pour les œuvres, pour les auteurs, pour ce que la BD a de plus précieux : sa capacité à faire vivre un univers dans une page de papier, dans une simple case.

jeudi 29 février 2024

Pourquoi ce blog ? (présentation)

Ici, on parle bande dessinée. Pas n’importe laquelle : la BD franco-belge, celle qui a façonné des générations de lecteurs, nourri notre imaginaire et continue, année après année, à se réinventer. Case par case, c’est un espace où je partage ma passion pour cet art à la fois populaire et exigeant.

Vous trouverez ici des critiques, des analyses, des coups de cœur, des réflexions… Bref, tout ce qui peut donner envie de (re)découvrir des albums, des séries, des auteurs, connus ou méconnus. Que vous soyez lecteur de longue date ou simple curieux, ce blog est fait pour vous : pour vous guider, vous surprendre, vous faire voyager d’une case à l’autre, d’un univers à un autre.

Je tiens à en faire un lieu vivant, accueillant, sans jargon, où l’on peut parler de BD simplement, mais avec sérieux. N’hésitez pas à commenter, à partager vos propres découvertes, vos avis, vos souvenirs de lecture. La BD, c’est avant tout un plaisir qu’on gagne à vivre ensemble.

Merci d’être là. Merci de faire partie de cette petite communauté.
Et surtout, bonne lecture à vous sur Case par case.

Les Schtroumpfs de Hanna-Barbera : une série animée pas si schtroumpfement naïve

Les Schtroumpfs sont de petits lutins bleus, facétieux et toujours heureux. Ils sont hauts comme trois pommes et parlent un langage difficil...