Les Schtroumpfs sont de petits lutins bleus, facétieux et toujours heureux. Ils sont hauts comme trois pommes et parlent un langage difficilement compréhensible pour les humains car ils emploient le mot "Schtroumpf" et le verbe "Schtroumpfer" à tout bout de champs. Le village Schtroumpf est impossible à trouver car il est protégé par un sortilège spécial. Seul un Schtroumpf peut amener un étranger au village. Leur vie paisible n'est troublée que par l'existence de l'ignoble Gargamel et de son affreux chat, Azraël, qui ont voué leur existence à l'extermination complète des Schtroumpfs... Heureusement, Gargamel est encore plus bête que méchant et ses tentatives de nuire à nos petits amis bleus se soldent toujours par des échecs !
Résumé presse : Télétoon
Il y a des adaptations qu’on aime en secret comme on garde une peluche d’enfance. Et puis il y en a qu’on assume franchement. Pour moi, le dessin animé des Schtroumpfs produit par Hanna-Barbera dans les années 80 appartient à cette deuxième catégorie.
J’ai grandi avec, comme beaucoup. Mais même avec un regard d’adulte, je continue de penser que cette série est une réussite — et ce n’est pas si courant quand on parle d’adaptation de BD en dessin animé. Entre fidélité à l’univers original, créativité américaine et souci de rendre chaque épisode accessible à un jeune public international, cette série schtroumpfe large… et souvent juste.
Diffusée pour la première fois en 1981 sur NBC, la série a connu un succès phénoménal. 42 % d’audience pour un programme jeunesse, c’est du jamais-vu. En France, elle débarque un peu plus tard, en 1983, avec ses voix françaises et ses génériques cultes (ah, Dorothée...). Il faut dire que Hanna-Barbera, ce n’étaient pas les derniers venus : on leur doit Scooby-Doo, les Pierrafeu, les Fous du Volant... Pas étonnant que les petits lutins bleus trouvent chez eux un écho favorable.
Au départ, plusieurs épisodes reprennent directement les histoires de la BD de Peyo : Le Cosmoschtroumpf, Le Schtroumpfissime, Le Cracoucass, La Soupe aux Schtroumpfs… Des classiques. Puis, au fil des saisons, la série prend ses libertés, mais sans trahir l’univers. Les épisodes inédits restent globalement fidèles au ton de la BD : bienveillant, naïf sans être niais, parfois même subtil.
Un détail amusant : dans la BD, les Schtroumpfs sont tous identiques — même taille, même bonnet, même pantalon. Seuls quelques détails les différencient (les lunettes du Schtroumpf à Lunettes, la barbe du Grand Schtroumpf…). Ça suffisait sur papier. Mais à l’écran, les Américains paniquent un peu : comment un enfant va-t-il les reconnaître s’ils sont tous pareils ? Du coup, ils multiplient les détails visuels : une fleur sur le bonnet, un tablier de cuisine, un crayon derrière l’oreille…
Et puis, soyons honnêtes : il y avait aussi un objectif marketing. Car oui, les Schtroumpfs, en dessin animé, deviennent aussi des “personnages-jouets”. Les produits dérivés explosent : cartables, peluches, brosses à dents. Et pour vendre plus, il faut créer plus de personnages. D’où l’apparition du Bébé Schtroumpf, des P’tits Schtroumpfs, de Sassette, du Schtroumpf Sauvage, du Vieux-Vieux Schtroumpf et même de Puppy, leur chien. Certains finiront même par intégrer la BD, preuve que l’influence allait dans les deux sens.
La série réussit un tour de force : elle évolue sans renier ses racines. Les huit premières saisons explorent à fond la dynamique du village, les attaques de Gargamel, les inventions du Schtroumpf Bricoleur, les gaffes du Schtroumpf Maladroit… Et quand la formule commence à s’essouffler, les producteurs tentent un virage audacieux : la saison 9 envoie les Schtroumpfs voyager à travers le temps grâce aux cristaux magiques du Vieux-Vieux Schtroumpf. Personnellement, j’aimais bien cette saison. Elle apportait un vrai souffle de nouveauté, même si elle a signé la fin de la série. Les Schtroumpfs sont restés coincés dans le temps, sans jamais revenir au village…
Ce que peu de gens savent, c’est que cette série animée a profondément influencé la BD. Certains personnages ont été inventés pour le dessin animé, puis adoptés ensuite dans les albums. Et même visuellement, les Schtroumpfs ont évolué : là où ils étaient anonymes, ils sont devenus reconnaissables. Un petit changement cosmétique, certes, mais révélateur : la série animée a obligé Peyo à préciser ce qui ne l’était pas, à affiner son propre univers.
Et puis il faut aussi parler de l’implication de Peyo lui-même. Contrairement à d'autres auteurs qui laissent leur création leur échapper, il surveillait chaque scénario, corrigeait, validait. Ce travail l’a épuisé, mais il ne voulait pas que son œuvre soit dénaturée. Et globalement, il a réussi à préserver l’esprit Schtroumpf. La série est restée drôle, douce, joyeuse, toujours dans cet entre-deux utopique d’une société sans argent, sans pouvoir, sans violence.
En France, on a eu droit à plusieurs versions de génériques, même si la plupart des téléspectateurs se souviennent surtout de celui de la première saison. Perso, j’ai un petit faible pour Il y a longtemps loin d’ici et Schtroumpf La La, plus doux et rêveurs. D’autres, comme Rien ne pourra nous empêcher ou Viens au pays des Schtroumpfs, me plaisent moins, mais ils font partie du folklore.
Et puis récemment, j’ai craqué : je me suis offert l’intégrale de la série en DVD. Plus de 400 épisodes, avec aussi Johan et Pirlouit. C’est un vrai plaisir de redécouvrir tout ça avec un œil plus adulte, de voir comment chaque épisode trouve son rythme, ses codes, ses redites parfois… mais aussi ses éclairs de grâce.
La série des Schtroumpfs par Hanna-Barbera, c’est bien plus qu’un dessin animé “pour enfants”. C’est une adaptation intelligente, respectueuse et inventive, qui a su populariser un univers sans le trahir. Certes, tout n’est pas parfait. Il y a du marketing derrière, des redites, des épisodes oubliables. Mais dans l’ensemble, elle a su capturer ce qui faisait la magie de la BD : un monde doux, rêveur, sans cynisme, où la gentillesse n’est pas un défaut.
Et franchement, dans le monde d’aujourd’hui, ça fait du bien de retrouver un peu de bleu, un peu de naïveté, un peu de Schtroumpf.

