lundi 21 avril 2025

Pourquoi je n’achète pas de produits dérivés (même si j’adore la BD)

Il y a peu, je suis tombé sur une vidéo qui m’a vraiment parlé. Elle s’intitule “N’achetez pas de bonbons SCHTROUMPFS!” (disponible ici) et elle pose une question que je me suis souvent posée sans trop oser la formuler clairement : est-ce qu’acheter des produits dérivés, c’est encore aimer une œuvre, ou est-ce qu’on finit par trahir ce qu’elle est vraiment ?

Je vais être franc : plus le temps passe, plus je pense que c’est une forme de trahison, ou en tout cas un éloignement profond de ce que la bande dessinée essaie de nous dire. Acheter un mug avec un personnage qu’on aime, un t-shirt “collector”, une figurine stylisée, c’est séduisant, oui. Mais est-ce qu’on ne perd pas quelque chose en route ? Est-ce que ça ne vide pas l’univers de sa substance ?

Prenons un exemple simple : Astérix. Les Playmobil Astérix, vous les avez vus ? Ils n’ont pas de nez, comme tous les Playmobil. Sérieusement. Alors que le nez, dans la BD de Goscinny et Uderzo, c’est presque un personnage à part entière. Tout est caricature, exagération, traits expressifs. Le nez des Gaulois, c’est du patrimoine graphique ! Et là, boum : Playmobilise-moi tout ça et on perd ce trait identitaire.

Même chose pour Calvin et Hobbes. Bill Watterson s’est toujours opposé aux produits dérivés. Il aurait pu devenir millionnaire cent fois, mais il a dit non. Pourquoi ? Parce que faire une peluche de Hobbes, c’est tuer l’ambiguïté magique de la BD. Hobbes, c’est une peluche… ou pas. C’est toute la beauté de l’œuvre : ce doute permanent qui fait rêver le lecteur. Si tu balances une peluche sur une étagère, tu viens d’ancrer une vérité qui n’a rien à faire là.

La BD, c’est un art de l’ellipse, de l’imaginaire, du cadre. Transposer ses personnages dans le réel, les figer dans du plastique ou du textile, c’est leur enlever leur liberté. Leur part de mystère.

Et puis il y a un autre aspect, abordé dans la vidéo que je mentionnais plus haut : les auteurs ne touchent presque rien sur les produits dérivés. Ce sont les éditeurs, les ayants-droit, les grosses boîtes qui récupèrent les miettes d’or, pendant que les créateurs — ceux qui ont passé des mois à construire un univers cohérent, drôle, touchant — doivent se contenter d’un pourcentage ridicule, voire de rien du tout. On soutient qui, en achetant un t-shirt Spirou ? Pas Franquin, c’est sûr.

C’est comme le dernier film Astérix, L’empire du milieu. Ça n’a pas fonctionné, et à mon avis, c’est aussi parce que cet univers n’est pas fait pour le cinéma, mais pour la BD. Il y a des œuvres qui ont besoin de rester dans leur médium d’origine pour garder leur force, leur rythme, leur style. Et pourtant, beaucoup de gens continuent d’acheter et de collectionner les objets d’un univers sans avoir jamais ouvert un album ou sans s’y intéresser vraiment. Juste pour “personnaliser” leur étagère.

Je sais que certains trouvent dans les produits dérivés une forme d’attachement. Et je ne juge pas. Mais je trouve triste qu’on en soit arrivé à considérer des emballages de galettes des rois, des paquets de bonbons ou même du dentifrice avec des héros de BD comme des “objets de collection”. Sérieusement ? Ce sont des déchets, à peine du marketing. Le seul vrai objet de collection, c’est l’album lui-même. L’œuvre. Le dessin. Le scénario. Le silence entre deux cases. Et ça, une grande partie des gens semble l’avoir oublié.

Acheter des produits dérivés d’une BD, c’est à mes yeux renier cette dernière dans son cœur.

Je crois que si on aime vraiment une œuvre, on n’a pas besoin de la transformer en objet. On la lit, on la relit, on en parle, on la prête. C’est là qu’elle vit. Dans l’imaginaire, pas sur une étagère. Et surtout pas dans un objet commercialisé qui en trahit l’essence.

Alors non, je n’achète pas de produits dérivés. Ce n’est pas par snobisme ou par posture. C’est par respect. Pour les œuvres, pour les auteurs, pour ce que la BD a de plus précieux : sa capacité à faire vivre un univers dans une page de papier, dans une simple case.

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